Document sans titre

[ Expérience Visuelle ultime ]

Dépasser la sphère du monde par l'envol exacerbé des perceptions, le "dérèglement de tous les sens". L'éveil d'une conscience plus profonde qui transformerait tous les aspects de l'existence humaine. Cet art musical et visuel devint le ferment d'une religion nouvelle, la psychédélie est révélation : Spyramide. Manifeste de la vidéosophie.

Les mots ne suffisent pas - ils sont lourds et menteurs, bavards. La plénitude de l'image et du son, des saveurs exquises et du contact charnel transcendent de facto la quasi-totalité des assemblages verbaux. Pourquoi le langage est-il encore si tributaire des pauvres vieux mots. Certes, ils ont leur pouvoir propre, indéniable, irremplaçable. Mais la valeur des cinq autres sens reste encore potentiellement infinie.

Atteindre la même force et complexité vivante -la Subtile Subtilité cosmique, l'intrication de l'âme et de ses mondes à travers les sons les photons, organisés par le geste manipulateur enfantin, le Mandalartiste : Ultimaya. Faire voir les soubresauts des strucures invisibles. Evoquer l'infini des possibilités de la Gestaltung, non seulement comme hypothèse théorique, mais la donner à voir, l'offrir, la partager. L'éternité dans le temporaire. Le vide, car toutes ces formes proviennent d'un vide presque total _il y a certes un noyau chaotique d'être, parfois le propre fonctionnement des Machines (bruit blanc, fréquence de l'affichage, petite lumière d'ambiance, couleurs déréglées et autres incidents techniques). Tout cela forme l'unicité incontrôlable, comme la rencontre et l'histoire d'amour de nos parents. Y a-t-il un sens caché, comme Goethe le croyait, à la disposition des couleurs dans les hiérarchies de l'arc-en-ciel ? du spectre ?

Toutes les sensations sont par définition des leurres qui expriment adéquatement la réalité. Puisque la perception existe, il faut prendre en compte sa nature, bien qu'elle échappe à l'emprise de la pensée. Penser aussi est percevoir. L'impression de libre volonté qui accompagne une partie de nos pensées est à la racine de la plus funeste illusion, le legs le plus pesant de la triste éducation humaine. A quoi servirait donc la philosophie si elle n'était le cri articulé subtil qui a la force de nous libérer des servitudes de notre mental, le fatras des paroles et des livres où la routine et la vanité maintiennent la domination de l'étroitesse et de l'inertie ? Aiment-ils la sagesse, sont-ils philosophes ceux qui jouent avec les concepts sans abattre les cloisons de l'esprit ? ceux qui, parce qu'ils ont lu les critiques érudites des erreurs du passé, s'en remettent confortablement à celles de leur époque ? Parce qu'ils sourient des utopies forgées par les naïfs génies d'autrefois, ils se gardent bien d'avoir le dixième de leur audace et de leur foi. Cette prétendue lucidité se paye d'un prix élevé, quoique peu sensible à ces esprits sans âme : aucun dieu futur n'anime leurs lèvres ou leur prunelle. Dangereuse est l'idée du surhumain, dangereux le songe d'une société égalitaire, enfantine l'idée d'un monde sans guerre, enfin nous voilà délivrés de ces bravades inquiétantes. Mais c'est parce qu'ils pensent dans le confort d'un bureau ou d'un salon design, et que tout confort, toute possession matérielle et culturelle rend réactionnaire et mesquin.

 

The Book of Mirrors